Dans les coulisses de la gestion d’actifs

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Dans les coulisses de la gestion d’actifs

Serge Werlé

07/05/19 - Dans les coulisses de la gestion d’actifs

Gilbert Roux : C'est un lieu mythique où analystes et ingénieurs financiers parlent de pays émergents, d'allocations, de risques, de macroéconomie. Vous l'avez compris ce lieu, c'est la salle des marchés. Saviez-vous que BNP Paribas Cardif avait sa propre salle des marchés ? C'est dans cet univers un peu à part et assez méconnu que nous vous invitons aujourd'hui. Comment fonctionne cette salle des marchés ? Quel est son rôle ? Qui sont ses intervenants ? Quelles sont ses interactions dans le monde des conseillers en gestion de patrimoine ? C'est Serge Werlé, Responsable de l'ingénierie financière chez BNP Paribas Cardif, qui va répondre aujourd'hui à toutes ces questions. Bonjour Serge Werlé, merci d'avoir accepté notre invitation.

Serge Werlé : Bonjour.

Gilbert Roux : Je le disais en introduction pour beaucoup d'entre nous une salle des marchés, c'est un peu un lieu mythique, un endroit qui nourrit quelques fantasmes alimentés par l'industrie cinématographique. Du coup comment est-elle cette salle des marchés chez BNP Paribas Cardif ?

A quoi ressemble la salle des marchés de BNP Paribas Cardif et quel est son rôle ?

Serge Werlé : Je vous rassure la salle des marchés de BNP Paribas Cardif, ce n'est pas du tout la salle des marchés que vous pouvez trouver dans le loup de Wall Street, c'est très différent. Les salles de marchés que vous voyez au cinéma en général, ce sont des salles de marchés de banques d'investissement. Là on est dans une société d'assurance. Quand c'est une banque d'investissement, les salles des marchés vous avez plusieurs acteurs, vous avez des personnes qui sont chargées de concevoir des solutions d'investissement donc les structureurs, vous avez des personnes qui sont chargées de les vendre, vous avez des personnes qui sont chargées de passer des opérations sur les marchés, des personnes qui sont chargées des risques bien sûr.

Cela donne un environnement, c'est vrai très dynamique dans les salles des marchés de banques d’investissement. Cardif, nous sommes acheteurs de solutions, nous sommes principalement utilisateurs ou acheteurs des solutions qui peuvent être proposées par les salles des marchés de banques d'investissement. La question qu'on peut se poser c'est pourquoi y a-t-il une salle des marchés chez BNP Paribas Cardif ? Le rôle de la salle des marchés de BNP Paribas Cardif, c'est la gestion des actifs de la compagnie.

Gilbert Roux : Arrêtons-nous quelques instants sur l'organisation de cette salle des marchés, un front office qui regroupe des services qui appartiennent à différents segments de marché, mais quels sont les profils des personnes qui y travaillent et qui fait quoi finalement dans la salle des marchés de BNP Paribas Cardif ?

Comment s’organise-t-elle ?

Serge Werlé : Le métier cœur de la salle des marchés de BNP Paribas Cardif, c'est avant tout la gestion d'actifs. Donc nous avons des gestionnaires de portefeuilles qui gèrent les actifs de la compagnie. Donc si l’on prend le fonds général, par exemple, qui représente environ un peu plus de 110 milliards d’euros de l'encours sous-gestion, c'est beaucoup. Nous avons différents acteurs, donc nous avons des gérants actions bien-sûr, des gérants taux, donc des gérants obligataires. Ça c'est ce qui concerne l'essentiel de l'encours-sous-gestion. Et bien-sûr, nous avons des gérants spécialisés dans certains domaines.

Nous avons des gérants qui sont par exemple spécialisés dans l'immobilier, c'est-à-dire que dans le fonds général de BNP Paribas Cardif, vous avez une poche constituée de supports immobiliers, donc des bureaux et des commerces.

Ces personnes ont la charge d'investir dans les différents bureaux, gérer et évidemment céder en bout de chaîne, les bureaux et les commerces. Nous avons des personnes qui sont en charge de tout ce que l'on appelle le private equity ou les marchés privés. Donc ça veut dire quoi ? Les marchés privés, ça correspond à de l'investissement dans des sociétés qui ne sont pas cotées. Ce sont des marchés qui sont en général réservés à des professionnels, donc ça nécessite des capacités très particulières, et donc nous avons donc des gérants qui sont spécialisés dans ce type de classe d'actifs, les marchés privés.

Nous avons également des gérants qui sont spécialisés dans tout ce qui est produit dérivé ou produit structuré. Ce sont notamment ces produits-là qui sont fabriqués, conçus, par les salles de marché des banques d'investissement. Donc au final, nous avons au sein de la salle des marchés, une dizaine de gestionnaires de portefeuilles qui vont venir gérer les actifs de BNP Paribas Cardif. A côté de ça, nous avons bien sûr d'autres équipes qui viennent en support.

Nous avons par exemple la trésorerie. La trésorerie, quel est son rôle ? C'est d'informer régulièrement les équipes de gestion de portefeuilles, donc ces gestionnaires finalement, des rentrées d'argent. C'est-à-dire qu’aujourd'hui, en fonction des primes d'assurances qui auront été récoltées par BNP Paribas Cardif, quelles sont les sommes à placer sur les marchés ? Ça c'est le rôle de la trésorerie. Nous avons des équipes d'analyse de portefeuilles, qui vont venir analyser la performance, expliquer la performance à posteriori de nos gérants. Nous avons bien sûr des économistes, vous connaissez Mathieu Mucherie notre chef économiste qui fait part de ses convictions et qui appuie les gérants dans leurs prises de décision. Ils donnent une vision globale des marchés.

Nous avons des équipes IT. Nous avons des équipes de middle office bien sûr. Nous avons une équipe aussi d'ingénierie financière, dont le rôle est de concevoir des modèles financiers qui vont être utilisés notamment par les gestionnaires et aussi d'intervenir dans toute l'activité en unités de compte de BNP Paribas Cardif, donc on reviendra là-dessus je pense plus tard. Notamment proposer des solutions innovantes pour les réseaux de distribution. Au final, la salle des marchés de BNP Paribas Cardif c'est environ 120 personnes avec des profils qui sont très variés.

Gilbert Roux : Effectivement c'est assez important, c'est considérable 120 personnes au service d'un service comme celui-là. Ça veut dire que c'est important pour une entreprise comme BNP Paribas Cardif d'avoir sa propre salle des marchés ? C'est une forme d'autonomie ? Une forme de liberté d'action sur la gestion des fonds ?

Pourquoi avoir sa propre salle des marchés ?

Serge Werlé : Je pense que c'est très important pour une entreprise, une société d'assurance comme BNP Paribas Cardif d'avoir sa propre salle des marchés. Pour moi c’est un atout indiscutable. D'autres compagnies elles, font le choix d'externaliser la gestion d'actifs notamment à travers des sociétés de gestion, donc elles vont mandater des sociétés de gestion externes pour gérer une partie plus ou moins importante de leur portefeuille. Ce n'est pas le choix de BNP Paribas Cardif.

On peut se poser la question qu'est-ce que ça apporte ? C'est sûr que ça c'est un coût pour BNP Paribas Cardif mais, cela a je pense beaucoup d'avantages. Bien sûr, lorsqu'on évite comme ça, un intermédiaire on peut se dire qu'on prend les décisions plus rapidement, plus efficacement, que la communication se fait mieux entre les services. Ça c'est sûr mais pour moi, ce n'est pas le point principal. Pour moi le point principal d'avoir des gérants en interne, c'est que finalement, nos gérants sont avant tout des gérants d'assurance et c'est ça qui est je pense, important à dire.

Gérer un fonds général chez BNP Paribas Cardif ce sont des milliards d'euros. On ne gère pas un fonds en euros de la même manière qu'on va gérer un fonds patrimonial dans une société de gestion. C'est très différent. Déjà les encours sont très différents. L'horizon de placement est très différent, nous avons un horizon de placement à long terme, les contraintes ne sont pas les mêmes, les règles comptables qui s’appliquent sont spécifiques à l’assurance. Bref, il y a tout un tas de raisons qui font que finalement, gérer un fonds en euros c’est très spécifique. Je pense que c’est un point positif pour BNP Paribas Cardif d’avoir effectivement sa propre gestion en interne, sa propre salle des marchés. Je pense que c’est un atout indiscutable.

Gilbert Roux : Serge Werlé, parmi toutes vos activités, il y en a une qui concerne plus particulièrement nos partenaires conseillers en gestion de patrimoine qui sont un petit peu les auditeurs de cet entretien. Il s’agit de la conception de supports d’investissement. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus là-dessus ?

La conception de solutions d’investissement adaptées

Serge Werlé : Oui. La salle des marchés concentre un certain nombre d’expertises. On l’a vu : des expertises en matière de gestion d’actifs, d’allocation de portefeuille, d’investissement, de vision sur les marchés et également, nous avons une capacité à concevoir effectivement des solutions d’investissement adaptées. Bien sûr, ces expertises initialement, elles sont principalement mises à la disposition de nos gestionnaires de portefeuille, de nos gérants. Ce sont eux qui, en premier lieu, exploitent, utilisent ces compétences, bien sûr. Mais aujourd’hui, nous avons pris la décision effectivement, d’ouvrir la salle des marchés et de faire profiter nos CGP et courtiers de cette expertise. Cela peut prendre plusieurs formes. La première forme, cela peut être effectivement, pour la salle des marchés de continuer à intervenir, et même d’intervenir plus souvent, notamment dans le cadre des séminaires qui sont organisés par Cardif, des séminaires où la salle des marchés va pouvoir effectivement parler de la gestion du fonds en euros, de la situation des marchés, des perspectives, d’échanger avec nos CGP, avec nos partenaires sur des idées d’investissement, ce genre de choses. C’est quelque chose que nous allons continuer de faire et que nous allons renforcer, c’est la première chose. La deuxième chose, comme vous l’avez dit, c’est la conception de solutions d’investissements. Nous avons au sein de la salle des marchés par nos activités des contacts effectivement, avec les principaux acteurs des marchés, donc ça va être les sociétés de gestion et les banques d'investissement justement, les salles de marché des banques d'investissement. Ce sont des acteurs qui vont venir proposer des solutions, donc de par de nos activités, nous sommes en contact avec ces équipes et nous sommes informés des dernières idées en matière de gestion, des dernières solutions, de ce qui peut marcher. Donc effectivement une piste c'est peut-être de venir proposer à nos CGP et courtiers, des solutions d'investissement nouvelles. Je vais prendre quelques exemples de réalisations ces derniers temps.

Le private equity, donc les private markets, les marchés privés. Ce sont des marchés de niche. Les solutions en UC (en unités de compte) sont encore un peu balbutiantes lorsque l'on est sur le private equity, mais il y a une demande du terrain d'aller explorer ces marchés. Par contre, l'équation n'est pas simple à résoudre. Ce sont des solutions qui sont encore à paramétrer, à ajuster je dirais. Enfin, dernier exemple, c'est tout ce qui concerne finalement les solutions d'alternative au fonds général. Vous le savez, aujourd'hui nous avons du terrain, des besoins qui nous remontent, de venir trouver des solutions en unités de compte qui puissent être des alternatives crédibles au fonds en euros. C'est un besoin important. Nous avons, la salle des marchés, identifié des solutions avec le réseau Cardif, je pense que c'est prometteur.

Gilbert Roux : Serge Werlé, cela me permet de rebondir sur la question qui me vient maintenant, est-ce que le marché tel qu'on le connaît aujourd’hui, vous l'avez évoqué, fonds en euros, unités de compte, est-ce que c'est un marché qui va profondément évoluer dans les années à venir ? J'entends par là que les rendements du fonds en euros, on le voit, baissent considérablement depuis plusieurs années. Vous parliez de solutions alternatives, justement à ce fonds en euros, comment voyez-vous en tant qu'ingénieur, en tant que spécialiste de ce marché, est-ce qu'il va y avoir des choses complètement différentes, est-ce qu'il va falloir qu'on s'habitue à d'autres façons d'investir en quelque sorte ?

Comment va évoluer le marché dans les prochaines années ?

Serge Werlé : C'est vrai que ces dernières années, le fonds en euros a eu des rendements, qui sont en baisse, les investissements sur les marchés, notamment sur les obligations, rapportent de moins en moins, il est naturel que le taux servi du fonds général soit en baisse.

Maintenant, il faut trouver des solutions à cela. La première d'entre elles, c'est effectivement les unités de comptes. Les unités de compte, nous devons trouver en unités de compte, des solutions qui soient viables, acceptables pour nos assurés, qui soient simples, compréhensibles, et dont les perspectives, l'espérance, si vous voulez, du rendement soit acceptable. La seule difficulté que l'on ait à cela, c'est qu'aujourd'hui le fonds en euros, quoi qu'on en dise, son rendement est finalement très bon par rapport à ce que l'on peut trouver en unités de compte. Pour certaines raisons, notre fonds en euros aujourd'hui a un rendement qui est un rendement sans risque. Dès lors que l’on va chercher sur les marchés en unités de compte, des solutions équivalentes, on aura des difficultés à trouver aussi bien, mais je suis convaincu d'une chose, c'est que nous avons la capacité notamment dans la salle des marchés de trouver des opportunités en unités de compte, notamment à travers les produits structurés.

Ce sont des produits qui certes sont un peu plus compliqués, nous avons l'expertise, la capacité, dans la salle des marchés de venir identifier les opportunités et les bonnes choses. Il y a à mon avis, une transition qui est en train de se faire, le fonds en euros vous le savez est limité, il va falloir trouver des solutions en unités de compte et je suis persuadé, je pense que c'est une bonne chose puisque ça va forcer, si vous voulez, les différents acteurs que ce soit nos partenaires, mais bien sûr les assureurs, à identifier de meilleures solutions en unités de compte.

Gilbert Roux: Est-ce que c'est un peu la fin annoncée du fonds en euros ?

Serge Werlé : Je ne pense pas, je n’espère pas. On peut dire que pendant de nombreuses années, nos assurés ont investi massivement sur le fonds en euros. Les encours de notre fonds en euros qui sont aujourd'hui de plus de 110 milliards d’euros ont doublé en quelques années, donc effectivement, les investissements sont importants sur le fonds en euros. Je dirais que l’on a habitué peut-être un peu trop nos assurés à ce rendement du fonds en euros, qui finalement est très bon par rapport aux risques pris. Cela n'habitue pas forcément nos assurés à ce qu'est le risque sur les marchés, ce qui rend peut-être encore plus difficile la transition vers les unités de compte.

Il y aura toujours du fonds en euros, simplement, on peut difficilement imaginer que demain cela représente la majorité des investissements de nos assurés.

Gilbert Roux : Il est clair, on a bien compris lors de cet entretien ,Serge Werlé, qu'une salle des marchés c'est important. Celle de BNP Paribas Cardif a une vraie action auprès de nos partenaires conseillers en gestion patrimoine et évidemment de leurs clients, en conclusion de cet entretien, puisque nous sommes arrivés au terme, comment définiriez-vous en une phrase en fait l'activité majeure et principale d'une salle des marchés ?

En résumé, comment définir l'activité majeure et principale d'une salle des marchés ?

Serge Werlé : Pour faire court, je dirais que l'activité principale de la salle des marchés, c'est d'abord de faire fructifier l’épargne de nos assurés, c'est sa première mission. Nous l'avons vu, une autre mission de la salle des marchés c'est aussi d'identifier et de concevoir des solutions d'investissement, notamment en unités de compte, qui soient adaptées pour nos partenaires et nos clients.

Gilbert Roux : Merci Serge Werlé.

Serge Werlé : Merci.

Gilbert Roux : Merci d'avoir écouté notre podcast. Si vous avez aimé l'émission, n'hésitez pas à la partager avec votre réseau, à donner des étoiles. N'hésitez pas non plus, à nous faire part de vos remarques, de vos questions, mais aussi des sujets que vous aimeriez aborder. Vous pouvez nous retrouver sur LinkedIn et Twitter, sur les comptes Cardif France.

Citation
La salle des marchés concentre un certain nombre d’expertises : en matière de gestion d’actifs, d’allocation de portefeuille, d’investissement, de vision sur les marchés et également, nous avons une capacité à concevoir des solutions d’investissement adaptées. Serge Werlé
 

Serge Werlé

Intervenant

Responsable de l’Ingénierie Financière au sein de BNP Paribas Cardif, Serge Werlé a plus de 10 années d’expérience dans l’allocation d’actifs, la modélisation financière et les solutions d’investissement. Ingénieur des Mines et actuaire IA de formation, il enseigne à l’ENSIIE.

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La cybersécurité, l’affaire de tous

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La cybersécurité, l’affaire de tous

Awa Ndiaye et Cécile Poulley

02/07/26 - La cybersécurité, l’affaire de tous

Communication à caractère publicitaire

Gilbert Roux : Saviez-vous que les cyberattaques touchent toutes les structures ? En 2026, une PME française est touchée toutes les deux minutes et selon l'ANSSI (Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d'information) et son panorama 2025, 48 % des victimes de rançongiciels en France sont des PME ou des TPE. Autant dire que dans les métiers du courtage et de la gestion de patrimoine, où la donnée client est centrale, le sujet devient évidemment stratégique. Pour en parler, j'accueille Awa Ndiaye et Cécile Pouilley de BNP Paribas Cardif. Awa bonjour, merci d'être avec nous.

Awa Ndiaye : Bonjour Gilbert.

Gilbert Roux : Awa, vous travaillez au sein des équipes digitales dédiées aux activités de courtage chez BNP Paribas Cardif. Vous avez une forte proximité terrain auprès des CGP et des courtiers, et vous êtes également spécialisée dans la cybersécurité et ses enjeux dans les écosystèmes très interconnectés comme ceux du courtage. Et à vos côtés, Cécile Pouilley. Bonjour Cécile,

Cécile Pouilley : Bonjour Gilbert.

Gilbert Roux : Cécile, vous travaillez au sein des équipes sécurité de BNP Paribas Cardif et votre rôle est d'accompagner les équipes informatiques pour la sécurisation de leur écosystème le principal enjeu étant la protection, des données clients et des partenaires et d'évaluer tous les risques qui tournent autour de la cybersécurité. Commençons, si vous le voulez bien, par un état des lieux, ou plutôt un état de la menace, devrais-je dire. Quand on parle de cybersécurité aujourd'hui, est-ce qu'on parle encore des hackers très sophistiqués et très stéréotypés ? Et j'ajouterai, pourquoi les PME et les TPE sont-elles devenues des cibles privilégiées ?

Comment décrire l’état actuel de la menace en matière de cybersécurité ?

Awa Ndiaye : Beaucoup pensent que les cyberattaques ne concernent que les grandes entreprises. En réalité, les PME et les TPE sont un peu comme des maisons dans un quartier résidentiel et les cambrioleurs, finalement, ne vont pas attaquer forcément la villa la plus grande, la plus luxueuse. Ils vont plutôt passer par la maison dont la fenêtre est ouverte. Les cybercriminels visent particulièrement les PME TPE parce que c'est plus simple : elles ont beaucoup moins de protection, elles sont moins sensibilisées aux enjeux cyber, et souvent, la personne qui s'occupe de l'informatique en plus fait son métier, son activité principale, donc c'est très compliqué, et en plus, elle manipule des données très sensibles, notamment les données clients, des données financières, des données patrimoniales. Parallèlement à ça, aujourd'hui, les cyberattaquants massifient leurs attaques, ce qui fait qu'ils ne passent pas par une seule porte, mais tentent toutes les portes. Donc typiquement, au travers d'un mail piégé, d'une usurpation d'identité, d'une fraude bancaire. Cela devient de plus en plus compliqué, mais il ne faut surtout pas s'inquiéter, les bons réflexes permettent de réduire ce risque et de limiter les impacts liés à une cyberattaque pour ces entreprises.

Gilbert Roux : Très bien, Merci pour ce panorama de l'état de la menace. Cécile, vous êtes au cœur du dispositif sécurité. Comment, quand on est un grand groupe comme BNP Paribas, on se prépare face à ce niveau de menace qui on l'a vu est à la fois élevé et permanent ?

Comment se prépare BNP Paribas Cardif face à cette menace permanente ?

Cécile Pouilley : Alors déjà, tout simplement, on va devoir s'appuyer sur la réglementation, qu'elle soit française, européenne, mais également sur la réglementation financière. On va vraiment appliquer les règles à l'état de l'art, et en étant un grand groupe, on a la chance d'avoir des équipes cyber dédiées avec des pôles d'expertises. La cybersécurité, c'est assez vaste. Il y a des équipes très techniques et des équipes plutôt axées gouvernance et on va mettre en place des outils, des process au sein de l'entreprise pour se protéger au mieux, vérifier également que des attaquants n'essayent pas de rentrer chez nous et puis, en interne, qu’il n'y ait pas de fuites de données par exemple. On va mettre en place des mesures de protection et je pense que, plus c'est simple d'utilisation, plus ça rentre dans notre quotidien, plus c'est facile. Je vais vous donner un exemple avec l'authentification forte. On va avoir plusieurs facteurs d'authentification et cela va permettre en fait tout simplement une meilleure maîtrise de son système. Ce qu'il faut savoir également, c'est que la cyber, ce n'est pas quelque chose qui est dédié aux équipes techniques, c'est en fait l'affaire de tous au quotidien et donc la clé, c'est la sensibilisation de chacun. Par exemple, il y aura des campagnes de phishing (appelé également hameçonnage) : lorsqu'on est collaborateur et qu'on clique sur un mail, comme quand on reçoit, même dans le cadre perso, ces faux SMS ou emails avec ces fameux liens, une fois qu'on a cliqué dessus, je pense qu'on est plus vigilant. Le risque zéro n'existe pas, et en passant par les bons gestes, que ce soit dans la vie professionnelle ou personnelle, on peut améliorer cette cybersécurité.

Gilbert Roux : La double authentification ou l'authentification forte, c'est un sujet qui concerne beaucoup les partenaires CGP et courtiers. Awa, vous avez beaucoup échangé avec eux sur le terrain. Aujourd'hui, où en sont réellement les CGP et les courtiers sur ces sujets de cybersécurité ? Est-ce qu'ils sont très sensibles à cela ?

Où en sont les CGP et courtiers sur ces sujets de cybersécurité ?

Awa Ndiaye : Je pense qu'on est à un moment un peu charnière parce que dans le milieu financier, et plus particulièrement pour les CGP et les courtiers, il y a une prise de conscience de l'or qu'ils ont entre les mains : les données de leurs clients et la confiance qui va avec. Par rapport à ce moment clé, je pense qu'il y a un problème de maturité autour des sujets de cybersécurité, mais il y a une vraie conscience. Ce qu'on peut voir sur le terrain c'est qu'ils ne savent pas par où commencer. Plus globalement, on passe d'un sujet qui était purement vu comme un sujet technique, comme un sujet inaccessible et que pour les grandes entreprises, à un sujet qui devient un enjeu stratégique et qui peut avoir un impact non seulement sur la réputation de l'entreprise, mais aussi sur la cessation d'activité.

Gilbert Roux : Impossible de parler cybersécurité sans parler d'intelligence artificielle. Cécile, est-ce que l'IA qu'on utilise quasiment tous aujourd'hui est une opportunité supplémentaire ou est-ce que vous considérez l'IA comme un nouveau facteur à risque ?

L’IA, un nouveau facteur de risque ?

Cécile Pouilley : Il y a encore cinq ou six ans, l'IA, c'était quelque chose de totalement inaccessible, voire inconnu pour une grande partie de la population. Aujourd'hui, n'importe qui peut y avoir accès sur son téléphone ou son ordinateur. Donc je pense que c'est un véritable outil d’aide pour l'amélioration des performances, de la réactivité. En revanche, il faut garder en tête également que ça peut être un facteur de risque dans le sens où, maintenant, on fait attention aux mails qu'on envoie avec les données qu'on peut envoyer. On ne va pas envoyer un mail à n'importe qui avec ses données client ou des données sensibles par exemple. En revanche, avec l'IA, il y a encore cette notion de sensibilisation à prendre en compte et il faut garder en tête que plus on va anonymiser ses données dans l'IA, plus on va faire attention à ce qu'on y met, et plus ça va nous permettre en fait, de l'utiliser comme une aide et non pas comme un facteur de risque.

Gilbert Roux : Awa, je voudrais qu'on revienne sur l'accompagnement des partenaires, parce que c'est un point important chez BNP Paribas Cardif. Vous travaillez justement à une initiative pour accompagner en matière de cybersécurité les partenaires CGP et courtiers. Alors, en quelques mots, en quoi ça consiste ?

Vous travaillez sur un accompagnement cybersécurité dédié à nos partenaires CGP et courtiers ?

Awa Ndiaye : L'initiative qui a été lancée, c'est vraiment dans le but de mettre à disposition des CGP et des courtiers des éléments autour de la cybersécurité qui soient lisibles, qui soient compréhensibles et qui puissent leur servir directement au quotidien. Donc cette offre, elle se base sur trois grands piliers. Le premier pilier concerne tout ce qui va tourner autour de la connaissance de la menace, donc de la sensibilisation. Le deuxième pilier, c'est savoir où on en est en termes de cybersécurité, donc des audits, des diagnostics, qui permettent de faire un état des lieux de sa sécurité, de son entreprise. Et le troisième pilier, c'est quel outil je dois mettre, quel processus je dois mettre pour pouvoir me protéger. Donc ce catalogue de services, on va le mettre à disposition au travers du portail qui est dédié aux conseillers en gestion de patrimoine et courtiers chez Cardif. Ce catalogue regroupera différents types de produits, de l'outillage, de la sensibilisation et de l'accompagnement.

Gilbert Roux : Il est clair que votre objectif n'est pas de faire des partenaires CGP et courtiers des experts en cybersécurité, mais au contraire de leur donner les bons outils.

Awa Ndiaye : Exactement. L'objectif, c'est vraiment de donner les bons outils, et aujourd'hui, c'est un élément stratégique de garantir à ses clients, à ses partenaires, que leurs données, on en prend soin, elles sont sécurisées et tous les échanges sont sécurisés. C'est vraiment un point clé de confiance, de gestion du risque pour éviter tout arrêt d'activité.

Quand on subit une cyberattaque, il faut avoir un plan. Et la problématique, souvent, c'est que la plupart des entreprises qui ne sont pas habituées à ces sujets-là n'ont pas de plan et ne savent pas, finalement, les étapes à suivre pour pouvoir atténuer le risque, accompagner l'entreprise dans cette situation de crise. Donc, ça fait partie des sujets de sensibilisation qu'il faut mener et avoir un plan en cas d'attaque. En cas d'incendie, il faut avoir un plan. C'est exactement la même chose en cas de cyberattaque.

Gilbert Roux : Alors, nous arrivons au terme de ce podcast. Mais avant de conclure, j'aimerais que vous preniez chacune la parole en quelques mots. Si vous aviez un message simple à adresser à nos partenaires qui nous écoutent, qu'est-ce que vous leur diriez ? On commence avec vous, Cécile.

Un mot de conclusion ?

Cécile Pouilley : J'ai envie de dire encore une fois que la cybersécurité, c'est vraiment l'affaire de tous et que ce n'est pas parce qu'ils sont petits qu'ils ne peuvent pas être ciblés.

Gilbert Roux : Awa ?

Awa Ndiaye : Les bons réflexes, les bonnes pratiques peuvent énormément changer les choses en cas de cyberattaque.

Gilbert Roux : Merci beaucoup à toutes les deux pour cet échange qui a été extrêmement éclairant. Alors moi je retiens surtout que la cybersécurité, ce n’est pas uniquement un sujet technique, c'est surtout un enjeu de confiance, d'organisation, d'accompagnement. On va dire un réflexe quotidien. Et pour le mot de la fin, j'aimerais citer une phrase que j'ai déjà entendue plusieurs fois en préparant ce genre d'émission, c'est : en matière de cybersécurité, la bonne question à se poser, ce n'est pas si vous subirez une cyberattaque un jour, mais quand cela arrivera.

Gilbert Roux : Merci beaucoup à Awa Ndiaye, merci Cécile Pouilley et je vous dis à bientôt, merci.

Cécile Pouilley : À bientôt. Merci.

Citation
Nous mettons à disposition des partenaires CGP et courtiers un catalogue de services dédié à la cybersécurité. Ce catalogue, disponible via Finagora, regroupe différents types de produits, de l'outillage, de la sensibilisation et de l'accompagnement” . Awa Ndiaye